46

Tout de suite après la fuite de son époux, Amy appela la police pour leur raconter ce qui s’était passé, sans leur donner tous les détails de leur querelle. Des équipes de recherche furent aussitôt organisées. Galahad apprit ce qui se passait à la radio locale. Il sauta dans son camion avec Chance. Ils rattrapèrent les chercheurs, alors qu’ils se séparaient en groupes. Le docteur Penny vint aussitôt à sa rencontre.

— Il s’est disputé avec Amy et il s’est sauvé dans la forêt, leur apprit Donald. Espérons qu’il n’a pas été capturé par le sorcier.

L’inspecteur Wilton les invita à se joindre aux recherches, mais Galahad préféra travailler seul. Il disparut entre les arbres.

— Mais vous ne connaissez pas la région ! protesta Chance.

— Faites-moi confiance, milady.

Elle s’empressa donc de le suivre. Pour sa part, Donald rejoignit Amy, qui faisait les cent pas devant les voitures de police. Les étudiants de Terra arrivèrent alors en courant : Julie, Karen, Katy, Fred, Frank et Marco avaient décidé de former leur propre équipe de recherche.

Galahad fut le premier à repérer la trace de Terra, mais elle disparaissait mystérieusement au milieu d’une clairière. Son instinct lui fit lever les yeux vers le ciel : Terra était là, tout empêtré dans les branches, à la cime d’un grand arbre.

— Mais que fait-il là-haut ? s’étonna Chance.

— Sire ! l’appela-t-il.

Le Hollandais était inconscient. Galahad ramassa un caillou et le lança sur sa jambe. Terra sursauta.

— Mon roi !

— Galahad ? Comment m’as-tu retrouvé ?

— J’ai utilisé le présent du magicien. Ne bougez pas. Je vais aller chercher de l’aide.

— Je peux descendre seul.

Terra fit un signe de la main et les branches le déposèrent sur le sol.

— Est-ce de la magie ? s’inquiéta la jeune élève.

— C’est seulement une entente que j’ai conclue avec les arbres.

— Mais pourquoi étiez-vous là-haut ?

— J’étais résolu à affronter le sorcier, mais ce chêne m’en a empêché.

— Vous vouliez le combattre seul ? s’effraya Galahad.

— Oui, pour mettre fin au jeu et sauver tous ceux que je peux.

— Mais c’est encore possible, annonça une voix familière.

Paul Wilton se tenait à l’autre extrémité de la trouée.

— Je suis vraiment surpris de constater que le chevalier Galahad possède le sixième sens, avoua l’inspecteur.

— Il m’a été transmis par le magicien, l’informa le Texan en se plaçant devant son ami pour le protéger.

— Vous savez donc qui je suis ?

— Je sens la présence de l’obscurité dans votre cœur.

Terra posa la main sur l’épaule du chevalier pour lui recommander de garder son sang-froid.

— Je suis désolé d’avoir mobilisé tous vos hommes, inspecteur, s’excusa Terra.

— C’est la dernière fois que vous vous perdez dans les bois, Arthur.

Les vêtements du policier se transformèrent en une brillante armure noire et une épée apparut à sa main. Sans aucun avertissement, il fonça. Galahad n’avait aucune arme pour se défendre, mais il n’allait certainement pas le laisser se rendre jusqu’à Terra. Il voulut saisir la lame avant qu’elle ne s’abatte sur lui. Wilton avait prévu la manœuvre. Il fit une feinte et enfonça la pointe dans le corps du chevalier.

Chance poussa un cri de terreur en voyant son amant s’effondrer sur le sol. Elle se précipita sur lui et appuya les mains sur sa blessure pour arrêter le sang. Terra recula devant le roi noir.

— Je n’ai jamais soupçonné qui vous étiez, souffla le Hollandais, pris au dépourvu.

— Vous avez commis beaucoup d’erreurs. L’ordre ne vous a jamais protégé, Wilder.

— Déposez cette arme et réglons ce conflit de façon civilisée.

— Avez-vous oublié les règles du jeu ? L’un de nous doit mourir.

— Pas si je concède la partie.

— Il est trop tard, maintenant.

Il chargea, mais Terra s’esquiva habilement. Son opposant, les yeux étrangement rouges, émit un grondement de rage avant de foncer à nouveau.

C’est à ce moment que Donald et Amy arrivèrent dans la clairière. Le médecin aperçut Galahad sur le sol, couvert de sang. Inconscient du danger que représentait le chevalier noir déchaîné, il se jeta à genoux près de Chance, qui tentait de sauver le Texan.

— Non, protesta Galahad. Protégez le roi.

Donald enleva son manteau, le roula en boule et demanda à Chance d’exercer davantage de pression. Il n’aimait pas abandonner ainsi un homme qui avait besoin de soins, mais le chevalier avait raison : ce carnage devait cesser.

— Paul, pose cette arme tout de suite ! tonna-t-il en s’approchant des rivaux.

— Cette affaire ne te concerne pas.

— Tu es un policier, bon sens ! Ton devoir est de protéger les innocents, pas d’essayer de les tuer !

— Cet homme est loin d’être innocent. Il est responsable des cauchemars qui m’ont empoisonné durant les dix dernières années.

Amy pensa qu’il n’oserait jamais s’attaquer à une femme enceinte, aussi se posta-t-elle devant son époux. Terra la saisit aussitôt par les épaules et la poussa derrière lui.

— Ah ! Non seulement je vais me débarrasser du roi, mais je vais également tuer son héritier du même coup ! se réjouit l’inspecteur.

Galahad fut pris de convulsions. N’écoutant que son cœur, Donald revint vers lui.

— Chance, va chercher de l’aide, ordonna-t-il.

La jeune fille bondit, mais une grosse cage d’acier surgie de nulle part l’emprisonna. La clairière s’assombrit comme si la nuit était tombée d’un seul coup.

— Terra, que se passe-t-il ? s’effraya Amy.

— C’est le sorcier…

Le maléfique personnage apparut en effet près de la cage, au milieu d’un tourbillon d’étincelles et de sombre fumée. Il portait une longue tunique noire brodée d’or et des gants luisants.

— De la viande fraîche pour mes dragons, se moqua-t-il en jetant un coup d’œil à Chance.

Elle recula contre les barreaux. Le sorcier, dont le rire faisait trembler toute la forêt, s’avança vers les combattants.

— Sire Galahad, je pensais que vous aviez été éliminé, soupira le sorcier en le dévisageant d’un air méprisant.

— Mais qui êtes-vous ? s’alarma Donald.

— Quel manque de courtoisie de ma part. Je suis le sorcier, bien sûr, se présenta-t-il.

Il tendit la main vers Donald. Un éclair fulgurant s’en échappa et frappa le médecin en pleine poitrine. Celui-ci fut projeté quelques mètres plus loin.

— Tâchez donc de mourir cette fois, chevalier, maugréa le sorcier en envoyant un coup de pied dans les côtes de Galahad.

Chance cria son indignation en secouant les barreaux de sa prison, mais l’abominable personnage ne s’occupa nullement d’elle. Il se tourna plutôt vers le roi blanc.

— L’épée de mon roi est empoisonnée, seigneur de rien du tout, le renseigna-il en continuant d’avancer. Je crains fort que votre petit ami ne s’en tire pas.

Terra jugea préférable de ne pas répondre et de demeurer sur ses gardes. Le sorcier s’arrêta près de Wilton, immobile comme une marionnette dont personne ne tirait les ficelles.

— Mais qu’est-ce que je vois ? s’enthousiasma le sorcier. Votre reine est enceinte !

— Laissez-la partir, commanda Terra. C’est moi qui suis sur le jeu.

— Mais si je tue tout de suite vos enfants, mon règne sur le monde sera encore plus long…

Alissandre apparut alors dans un éclair fulgurant. Il portait une longue tunique blanche attachée à la taille par un ceinturon d’argent.

— Ce combat doit se dérouler entre les deux rois, l’avertit le nouveau magicien. Votre intervention est illégale.

— Mais qu’avons-nous ici ? Un lionceau qui essaie de rugir comme un lion ?

— J’ai pris la place de mon maître et maintenant, c’est vous le vieillard.

— C’est ce que nous verrons, apprenti.

Il lança une décharge de feu contre Alissandre. Elle se heurta à un rempart invisible et éclata en une myriade d’étincelles multicolores. L’expression de l’Asiatique se durcit.

— C’est contre moi que vous devrez jouer désormais, sorcier. Et je n’ai pas l’intention de vous laisser gagner.

Le mage noir recula vers l’autre extrémité de la clairière en se soumettant, visiblement contre son gré, aux règles du jeu. Le nouveau magicien souffla alors sur Terra : ses vêtements se transformèrent en une magnifique armure blanche. Émerveillée mais inquiète pour son mari, Amy recula entre les arbres. Alissandre toucha la main de Terra et une longue épée argentée y apparut. Il rejoignit ensuite Amy pour s’assurer qu’elle n’interviendrait pas.

— Qui êtes-vous ? demanda-t-elle, stupéfaite.

— Je suis Alissandre, le successeur du magicien.

— Si vous avez vraiment des pouvoirs magiques, faites en sorte que cet affrontement n’ait pas lieu.

— Soyez sans crainte, Terra a été entraîné pour ce combat. Surtout, ne vous en mêlez pas.

Il se pencha sur Galahad et l’enveloppa de lumière. Sa blessure guérie, le chevalier se détendit. Amy observait toute la scène, hébétée. Terra n’avait donc pas divagué : tous ces étranges personnages existaient vraiment ! Un choc métallique la fit sursauter. Les deux rois se mirent à échanger des coups puissants. La jeune femme crut la dernière heure de Terra arrivée. Cependant, elle s’aperçut rapidement qu’il maniait l’épée avec grâce et habileté. « Mais qui est vraiment Terra Wilder ? » se demanda-t-elle.

Terra corsa son attaque et accula le roi noir à de gros arbres en bordure de la clairière. À la grande surprise d’Amy, de Chance et de Donald, pour qui Terra était un être infiniment doux, le Hollandais plongea brutalement la lame de son épée dans la poitrine de son ennemi, fendant son armure noire en deux et faisant jaillir son sang ténébreux. Il saisit Wilton par les cheveux et s’apprêta à lui trancher la tête.

— Terra ! s’écria Amy, horrifiée.

Sortant de l’état de transe où l’avait plongé le magicien, Terra constata ce qu’il était en train de faire. Il lâcha sa proie et tituba vers l’arrière. Alissandre leva alors un regard supérieur sur le sorcier, qui assistait au combat avec un air dédaigneux.

— Vous avez perdu, le nargua son rival.

Furieux, l’Asiatique s’évanouit dans un tourbillon de fumée et de flammes. La cage de métal se volatilisa, la clarté revint dans l’échappée et les armes disparurent. Chance accourut auprès de Galahad, où le médecin lui céda volontiers sa place. Alissandre se pencha sur l’inspecteur et fit disparaître sa blessure. Terra se tenait debout devant Wilton, qui gisait, inconscient, au pied de l’arbre.

— Est-ce que tu as vraiment tué cet homme ? s’effraya Amy en rejoignant son mari.

— Seulement dans le jeu, précisa Alissandre. Mes félicitations, monseigneur.

Il se courba respectueusement devant Arthur. Pourtant, il n’y avait aucune satisfaction sur le visage du roi blanc, seulement de la tristesse. Il s’éloigna d’Alissandre, ne prêta aucune attention à Amy et s’arrêta près de Galahad.

— Il a raison, l’appuya le chevalier. Vous avez fort bien combattu.

— J’ai seulement fait ce que je devais faire. Comment te sens-tu ?

— J’ai connu de meilleurs jours, monseigneur.

— Arrête de m’appeler ainsi. Le jeu est terminé, Chris.

— Je veux bien t’appeler Terra, mais personnellement, je préfère qu’on continue à m’appeler Galahad.

Le Hollandais l’aida à se relever, le serra dans ses bras, puis s’éloigna dans la forêt.

— Terra, attends ! le rappela Amy.

Il fit la sourde oreille.

— Tu as toutes les raisons du monde d’être en colère contre moi ! admit-elle en le rattrapant. J’ai agi de façon égoïste et je te demande pardon !

— Je te pardonne, répondit froidement Terra sans s’arrêter.

Elle le saisit par le bras, le forçant à s’arrêter. Ses yeux verts étaient toujours ceux du roi de Camelot.

— J’étais fâchée parce qu’en revenant chez toi, après six mois d’absence, tu ne m’as pas accordé plus d’attention qu’à un meuble, expliqua-t-elle.

— Je n’étais pas certain que tu étais réelle.

— Je ne comprenais pas ce que tu voulais dire. J’ai eu peur que toutes ces épreuves t’aient fait perdre la raison. Quand tu m’as parlé du sorcier et du magicien, j’ai paniqué. Mon esprit ne pouvait tout simplement pas concevoir ce genre de réalité. Et puis, je t’ai vu avec Christopher Dawson et je suis devenue folle de rage.

— Je n’ai pas envie de me justifier.

— Je ne te le demande pas. Je souhaite seulement que tu reviennes chez nous et que nous reprenions notre vie là où nous l’avons laissée. Et je suis prêtre à me battre contre Dawson pour te garder.

— Chris est heureux avec Chance.

— Et je leur souhaite beaucoup de bonheur. Mais le nôtre me tient aussi à cœur. Je ne veux plus que nous ayons de secrets l’un pour l’autre. Je veux savoir qui tu es vraiment, car il est bien évident, à présent, que tu ne m’as montré qu’une seule facette de toi-même. Et je te promets de ne pas t’arracher ces confidences. J’attendrai que tu sois prêt à m’en parler.

Il la fixa pendant un long moment. Les élèves arrivèrent au détour d’un sentier avec une des équipes de recherche. Terra redevint alors le professeur de philosophie. Il les remercia de s’être portés à son secours et accepta toutes leurs marques d’amitié.

Lorsque les sauveteurs eurent couché l’ancien roi noir sur une civière, Chance ramena Galahad vers la route.

— Avez-vous vraiment été blessés tout à l’heure ou cela faisait-il partie du jeu ? s’enquit-elle.

— Les deux.

— Paul Wilton s’en remettra-t-il ?

— Oui, mais ce sera traumatisant pour lui, puisqu’il était sous l’influence du sorcier. Lorsque son venin cesse d’agir, ses pions ont du mal à reprendre leur vie normale. L’ordre agit autrement. Ses chevaliers ne dépendent pas du magicien. Ils ne font que suivre ses conseils.

— Le jeu est-il terminé ?

— Pour nous, il l’est.

— Alors, Terra n’est plus le roi et vous n’êtes plus chevalier ?

— Je ne suis plus chevalier, mais Terra est toujours le roi, puisque le magicien a gagné la partie.

— Pourrait-il démissionner ?

— La procédure d’abdication de la couronne est compliquée, mais pas impossible.

En quittant les secouristes, Donald s’était empressé de rejoindre Terra et Amy. Il fut content de les voir marcher, main dans la main.

— Paul s’en sortira, annonça le médecin.

— Ce sera un homme brisé, désormais, s’attrista le Hollandais. C’est ce qui arrive à tous ceux qui sont utilisés et ensuite abandonnés par le sorcier.

— C’est difficile pour moi d’accepter qu’un homme puisse être tué d’un coup d’épée et aussitôt ressuscité par un magicien qui n’est même pas censé être de ce monde.

— Il faut faire partie de l’ordre pour comprendre le jeu.

Donald sentait quelque chose de changé en lui, à part du fait qu’il marchait maintenant normalement. Il ne savait pas encore très bien quoi.

Une fois à la maison, Amy laissa son époux se familiariser avec son environnement sans le brusquer. Il mangea sans beaucoup d’appétit et alla s’asseoir devant le téléviseur, sans pourtant y porter une réelle attention.

— Reviendras-tu enseigner à l’école après les vacances de Noël ? demanda Amy en se blottissant contre lui.

— Probablement, si Miller veut encore de moi. Mais avant, j’ai des comptes à régler au Texas.

— Tu ne vas pas retourner là-bas ? se récria Amy, qui ne voulait pas le perdre une autre fois.

— Lancelot et Kay me doivent des explications.

— Je t’en prie, règle ça au téléphone.

— Je ne peux pas abdiquer ma couronne de cette façon. Il faut que je la leur remette en personne.

— Terra, je sais que je t’ai promis toute la liberté dont tu as besoin, mais je ne peux pas te laisser y aller.

— Tu n’as rien à craindre. Le jeu est terminé. Il ne peut plus rien m’arriver, ni ici ni au Texas.

— Mais le sorcier n’a pas été éliminé. Il a seulement disparu. Il pourrait encore t’attaquer.

— Son roi est mort.

— Et l’armée ?

— Je lui ai fourni ce qu’elle voulait. Je t’assure que je serai en parfaite sécurité. D’ailleurs, je n’y vais pas seul. J’emmène Galahad avec moi.

— Pourquoi lui ?

— Il a aussi des choses à régler.

— Je serais moins inquiète si tu emmenais aussi Donald.

Terra songea que ce n’était pas une mauvaise idée, tout compte fait, d’ajouter une troisième personne à cette expédition. Il appela le médecin le lendemain matin, après une nuit rassurante dans les bras de son épouse. Donald accepta aussitôt de les accompagner. Amy les conduisit donc à l’aéroport quelques jours plus tard et les étreignit longuement en leur recommandant la plus grande prudence.

— Ne craignez rien, milady, la rassura Galahad. Je veille sur lui.

— Mais ne le faites pas de trop près, l’avertit la jeune femme, possessive malgré elle.

Terra demeura silencieux pendant tout le vol. Il avait pris une place près du hublot et regardait dehors en réfléchissant à ce qu’il allait dire à Kay. Il avait cessé de fréquenter les membres de l’ordre depuis longtemps. Pourtant, ils lui avaient toujours semblé si honnêtes… Qu’avait-il bien pu se passer pour qu’ils l’offrent en pâture au sorcier ? Assis à côté de lui, Galahad et Donald bavardaient comme de véritables pies. Terra était content qu’ils soient devenus bons copains. Galahad aurait besoin d’amis maintenant qu’il était coupé de ses frères chevaliers.

Ils atterrirent à Galveston au début de la soirée et montèrent dans un taxi. Le Hollandais était toujours silencieux et ses compagnons commencèrent à s’en inquiéter.

— Terra, tu es un peu trop calme à notre goût, lui dit le médecin.

— Je suis un homme paisible, Donald.

— Tu ne vas pas faire de bêtises ce soir, n’est-ce pas ?

— Ce n’est pas mon intention.

Ils arrivèrent devant le manoir du docteur Mills. Galahad sortit du taxi, s’approcha de l’interphone de la grosse muraille et s’annonça au serviteur. Les grilles s’ouvrirent et le taxi les mena jusqu’à la porte de l’immense maison. Terra et Galahad la connaissaient déjà très bien, mais Donald écarquilla les yeux : jamais il n’avait vu un aussi grand domaine !

— Et il n’y a qu’un seul homme qui vit là-dedans ? se rappela-t-il.

— Le docteur Richard Mills, aussi connu sous le nom de sire Kay, expliqua Galahad. Son château abrite les salles de cérémonie les plus importantes de l’ordre ainsi que ses écuries.

La porte de bois sculptée s’ouvrit et le serviteur en habit noir se courba devant eux.

— Je suis ravi de vous revoir, monseigneur, et vous aussi, sire Galahad. Le docteur s’entretient actuellement avec sire Lancelot. Désirez-vous l’attendre au salon ?

— Non, répondit le Hollandais en passant près de lui.

— Mais sire ! protesta le serviteur en le pourchassant.

Galahad et Donald leur emboîtèrent le pas. Terra savait que c’était dans le boudoir que le chirurgien aimait recevoir ses invités en tête à tête. Il en poussa brutalement les portes, faisant sursauter Kay et Lancelot.

— Je suis désolé, monsieur, s’excusa le serviteur. Ils n’ont pas voulu attendre au salon.

Galahad et Donald se postèrent de chaque côté de Terra. Sire Kay congédia son serviteur en lui disant que le roi de Camelot avait le droit de circuler à sa guise dans le manoir. Terra fixait les deux dirigeants de ses yeux remplis de colère.

— Je suis vivant, Kay, et ce n’est sûrement pas grâce à vous, reprocha-t-il.

Lancelot déposa son verre sur le guéridon qui séparait les deux fauteuils. Il jeta un rapide coup d’œil aux épées accrochées au mur : il aurait certainement le temps de s’en emparer avant que le roi puisse s’en prendre à eux.

— Mais nous avons gagné le jeu, lui rappela calmement Kay.

Terra mit la main à l’intérieur de son manteau. Aussitôt, Lancelot se leva, mais Kay lui recommanda de ne pas s’en mêler. Le Hollandais sortit de sa poche une couronne de métal dorée, très simple, sans ornements.

— Je connais la procédure d’abdication, déclara-t-il, mais je crois qu’en raison des circonstances, nous pouvons l’abréger.

Il lança la couronne aux pieds de Kay.

— Pourquoi mavez-vous laissé tomber ? demanda Terra sur un ton accusateur.

— Nous n’avons pas eu le choix.

— Le sorcier nous tenait à la gorge, ajouta Lancelot.

— Nous savions que l’homme qui serait sacré roi serait sacrifié, cette fois, poursuivit Kay. Nous ne pensions pas que vous seriez aussi coriace.

— Pourquoi moi ?

— Vous étiez au mauvais endroit, au mauvais moment. C’est Galahad qui nous intéressait.

Ce dernier arqua un sourcil avec surprise.

— C’est lui que vous vouliez faire mourir ? se fâcha Terra.

— Non, répondit Lancelot. Nous voulions qu’il se joigne à nous, mais il ne l’aurait pas fait sans vous.

— Si je comprends bien, le but de l’ordre est de recruter des chevaliers vaillants et obéissants et d’immoler des rois innocents ?

Kay et Lancelot gardèrent le silence. Ils avaient sauvé leurs frères d’armes en offrant au sorcier la tête d’Arthur sur un plateau d’argent.

— J’espère que vous brûlerez tous en enfer, maugréa Terra en tournant les talons.

Il quitta la pièce d’un pas furieux. Donald le suivit, mais Galahad s’avança vers Lancelot. Il lui tendit le médaillon qu’il lui avait confié quelques mois plus tôt. Les deux hommes se regardèrent dans les yeux pendant quelques secondes. Lancelot reprit le bijou, puis Galahad s’en alla à son tour, sans dire un mot. Lancelot le rattrapa dans le couloir.

— Galahad, attendez !

Le chevalier fit volte-face comme s’il réagissait à un défi ou à une attaque sournoise.

— Je ne suis pas armé, affirma Lancelot en levant les mains. Sire Kay vous a dit la vérité. C’est vous que nous voulions avoir dans nos rangs.

— Cela n’a plus d’importance, sire. Vous n’aviez pas le droit d’en profiter pour condamner mon ami.

— Ce n’était pas une question de choix, croyez-moi. La survie de l’ordre dépendait de cette offrande.

— Je suis désolé, mais j’ai perdu confiance en vous et en l’ordre.

Galahad s’éloigna en laissant Lancelot désemparé.

— Nous voulions vous avoir parmi nous parce vous êtes mon fils, Galahad ! avoua-t-il finalement.

Le chevalier s’arrêta net, puis se retourna lentement, visiblement incrédule.

— Vous avez été conçu à une époque où j’étais trop jeune pour m’occuper de vous, poursuivit Lancelot. Et lorsque j’ai enfin eu suffisamment d’argent pour vous prendre avec moi, les services sociaux ont refusé, parce que je n’étais pas marié. Alors, j’ai épousé une femme que je n’aimais pas, mais ils ont trouvé d’autres raisons pour vous confier à une kyrielle de familles qui ne voulaient pas de vous. Je n’ai pas réussi à vous reprendre, mais je ne vous ai jamais perdu de vue. J’ai quitté ma femme et je suis déménagé au Texas en même temps que vous. C’est moi qui ai organisé notre rencontre dans la boutique où vous vous rendiez si souvent avec Terra Wilder.

— Pourquoi m’avoir caché la vérité ? s’étonna Galahad, fortement ému par ces révélations.

— Je ne voulais pas que vous me jugiez. J’ai convaincu sire Kay de me laisser devenir votre mentor, pour que je puisse enfin participer à votre éducation.

— Vous n’inventez cette histoire que pour m’obliger à rester au Texas…

— Non, mon fils, c’est la vérité. J’aimerais qu’il soit encore temps de vous montrer à quel point vous m’êtes cher.

— Si vous teniez vraiment à moi, vous n’auriez pas condamné l’homme que j’aimais, se buta le chevalier, la gorge serrée. Jamais je ne pourrai vous pardonner cette trahison.

— Nous avons été forcés d’agir ainsi, Galahad.

— Un véritable chevalier ne peut pas être soudoyé, sire.

Il poursuivit sa route la tête haute mais, dans sa poitrine, son cœur lui faisait terriblement mal. Dehors, Terra et Donald l’attendaient près du taxi.

— J’admire ton sang-froid, disait le médecin à son ami Hollandais. Moi, je leur aurais cassé toutes les dents.

— Ces hommes sont des maîtres escrimeurs, Donald. Ils m’auraient mis en pièces.

— J’imagine que c’était suffisant de leur lancer une couronne, dans ce cas.

Chris passa alors à côté d’eux sans dire un mot et s’engouffra rapidement dans la voiture.

— Galahad, que se passe-t-il ? s’inquiéta Donald.

— Rien, répondit-il d’une voix étouffée.

Les deux hommes le rejoignirent sur la banquette. Terra demanda au chauffeur de les ramener à l’aéroport pendant que Donald se penchait sur le Texan, qui pleurait à chaudes larmes. Il finit par lui faire dire que Lancelot était son père.

— Toute ma vie, j’ai voulu savoir qui étaient mes parents et cet homme m’a côtoyé pendant des années sans jamais rien me dire…

— Mais il n’est pas trop tard pour rattraper le temps perdu, mon ami, raisonna le médecin en lui frictionnant les épaules.

— Je ne veux plus jamais entendre parler de l’ordre…

— Mais vous prônez tout de même de belles valeurs ! protesta Donald.

— Nous pourrions fonder notre propre ordre de chevalerie à Little Rock, suggéra sérieusement Terra.

— Tu n’as pas l’intention de recommencer le jeu ? s’effraya le médecin.

— Sûrement pas !

— Mais nous pourrions perpétuer son sens de l’appartenance, son amitié, sa philosophie du non-étiquetage et sa courtoisie, l’appuya Galahad en essuyant ses larmes. Nous pourrions construire la nouvelle Camelot dont nous avons si souvent rêvé.

— À la condition que je n’en sois pas le roi, les avertit Terra.

— De toute façon, Little Rock a déjà un maire, lui rappela Donald.

— Notre ordre ne serait pas une force politique, mais seulement une fraternité.

— Je suis d’accord, acquiesça Galahad.

— Tant que vous ne nous demandez pas de transformer l’hôpital et l’hôtel de ville en châteaux du Moyen-Âge, moi, je suis d’accord aussi, plaisanta Donald.

— Ce ne serait pas urgent de le faire tout de suite, répliqua Galahad, mais nous devrions tout de même faire l’effort de convertir au moins les façades de nos maisons. Et il n’est pas nécessaire qu’elles soient toutes des châteaux non plus. Il y avait toutes sortes d’habitations à cette époque.

Content qu’il ait momentanément oublié la peine que lui avait causée sire Lancelot, Donald continua de le faire parler de ses idées de rénovation pendant que Terra somnolait près d’eux.

Une fois en sol canadien, ils rentrèrent chacun chez soi. Terra avait peu de temps pour s’habituer à l’idée qu’il allait bientôt être père. Il posa mille et une questions à Amy sur sa grossesse et sur les enfants en général. Elle y répondit avec joie, heureuse de retrouver enfin son mari.

Galahad retourna au Texas une autre fois avec Chance pour aller chercher ses affaires et transférer ses comptes de banque au Canada. À son retour à Little Rock, le directeur de l’école secondaire, qui avait entendu parler de ses qualifications, lui offrit le poste de professeur de physique que Terra avait jadis refusé. Galahad l’accepta avec plaisir et signala à monsieur Miller qu’il pouvait également enseigner l’informatique, qui était son véritable champ d’expertise.

Le chevalier commença aussi à fréquenter les amis de Chance. Il leur enseigna à jouer aux Donjons. Le jeune Marco avait une imagination sans borne pour se sortir des mauvais pas et sa dame, Katy Prescott, n’était jamais loin derrière lui. Fred et Frank avaient choisi de devenir des mercenaires inséparables et offraient leurs services à tous les royaumes sans distinction. Julie, quant à elle, vivait seule dans son château, où elle attendait que se présente un prétendant convenable, qu’il soit roi, prince ou chevalier. Chance et Karen avaient décrété qu’il était temps que les femmes puissent aussi devenir chevaliers. Elles s’étaient donc mises au service d’un roi juste et bon, qu’elles protégeaient vaillamment. Galahad était demeuré lui-même : le champion du bon roi Arthur.

Chris Dawson était content de sa nouvelle vie à Little Rock, mais il savait que les Donjons ne remplaçaient pas le véritable enseignement d’un mentor. Il lui faudrait organiser des rencontres chez lui la fin de semaine, afin de former de jeunes écuyers et, plus tard, des chevaliers. C’était la seule façon de garantir la survie de la Nouvelle Camelot.

Le premier jour des classes, en janvier, il rejoignit Terra dans la salle des professeurs. Il était nerveux à l’idée d’enseigner pour la première fois de sa vie. Le Hollandais le rassura de son mieux. Lorsque la cloche sonna, ils se séparèrent dans le couloir. Galahad entra dans le laboratoire, intimidé par tous ces jeunes visages qui l’observaient.

— Je suis Christopher Dawson, annonça-t-il, aussi connu sous le nom de Galahad. On m’a demandé de donner un coup de main à votre professeur régulier, Vince Kennedy, alors je vais vous préparer aux examens de fin d’année. Avez-vous des questions avant que nous commencions ?

— Êtes-vous vraiment un chevalier de la Table Ronde ?

— Oui.

— Est-ce qu’on pourrait le devenir aussi ?

— Bien sûr, mais il vous faudra d’abord être écuyers et apprendre les règles du code de chevalerie ainsi que l’utilisation civilisée des armes dont se servent les chevaliers.

— Est-ce que l’école a l’intention d’offrir ce programme ?

— Je crains que non, mais il est possible que j’entraîne bientôt des écuyers chez moi.

— Est-ce que vous acceptez les filles ?

— C’est mon intention.

Galahad rêvait de créer un véritable ordre de chevalerie, qui ne serait en aucune façon relié à un jeu cruel. Ses chevaliers seraient des hommes et des femmes honnêtes, dévoués et bons. Ils s’engageraient à perpétuer de belles valeurs dans le monde.

De son côté, Terra profita des derniers jours de congé pour dormir et recommencer à bien manger. Le jour avant la reprise des classes, il avait eu une longue discussion avec Sarah. Elle était contente de ses progrès et du bien qu’il continuait de faire autour de lui. Leurs adieux furent difficiles pour le Hollandais, qui s’était habitué à la voir surgir chaque fois qu’il avait besoin d’elle.

— Il est temps pour moi de poursuivre mon propre chemin, annonça le fantôme.

— Tu ne reviendras plus, n’est-ce pas ?

— Ce n’est plus nécessaire. Il y a en toi une nouvelle force et surtout, tu as enfin accepté tes dons. Tu as encore beaucoup à faire sur la Terre.

— Tu me manqueras, Sarah.

— Nous nous reverrons.

Il aurait aimé l’étreindre, mais il savait que ce geste ne ferait qu’accroître sa tristesse. Il contempla son visage pour ne jamais l’oublier et la regarda s’évaporer pour la dernière fois.

Le lendemain, à l’école secondaire de Little Rock, il éprouva beaucoup de réconfort de se retrouver enfin en terrain familier. Il reconnut quelques visages et aperçut de nouveaux élèves. Il alla calmement s’asseoir sur le bureau du professeur.

— Je connais certains d’entre vous et j’apprendrai à connaître les autres dans les prochains jours. J’imagine que vous savez qui je suis, mais je veux quand même mettre certaines choses bien au clair. Je ne suis pas le fils de Dieu, je ne suis pas un ange et je ne suis pas le roi Arthur de Camelot. Je ne viens pas de l’espace ni des profondeurs de la Terre. Je suis seulement un homme d’origine Hollandaise et j’ai des pouvoirs de guérison que je continue de découvrir moi-même tous les jours. J’entretiens aussi un lien étroit avec les arbres. Il ne s’agit pas de pouvoirs magiques, mais de facultés psychiques que tout le monde peut développer. Je suis venu au Canada pour y mener une vie tranquille et j’aimerais que vous respectiez ma volonté. Traitez-moi comme vous traitez tous vos autres professeurs.

— Je ne suis pas sûr que vous aimeriez ça, se moqua Fred Mercer.

La classe éclata de rire. Même Terra trouva la remarque amusante.

— Ce que j’essaie de vous dire, poursuivit-il, c’est que je veux être votre mentor et votre ami. Je ne veux pas être considéré comme une divinité ou un chef de culte. J’ai traversé de dures épreuves dernièrement et j’apprécierais que vous m’aidiez à retrouver mon existence paisible de l’an dernier.

— Pouvez-vous au moins nous dire ce qui vous est arrivé ? réclama un étudiant.

— J’ai été enlevé par des hommes qui voulaient m’obliger à terminer une recherche que j’avais commencée il y a plusieurs années. En fait, c’est plus compliqué que cela, mais je n’ai pas l’intention d’entrer dans les détails.

— Alors, vous êtes revenu pour de bon ? fit Frank.

— Oui. J’ai besoin de la quiétude de cette ville, car, comme vous le savez probablement déjà, je vais bientôt être père de jumeaux. J’ai bien hâte de les entendre dire leurs premiers mots et de leur apprendre à faire leurs premiers pas.

— Vous allez changer d’idée quand ils seront adolescents, se moqua Marco, ce qui provoqua de nouveau le rire de toute la classe.

— Vous me procurez déjà un bon terrain d’entraînement.

— Ce ne sera pas si terrible, affirma Julie. Les enfants qui naissent de nos jours ne seront pas tout à fait comme nous. Ils auront le monde au bout de leurs doigts sur leurs ordinateurs et ils auront moins le temps de se mettre dans le pétrin.

— Je ne suis pas d’accord, riposta Fred. Ces adolescents trouveront certainement une façon de se foutre dans le pétrin dans le monde virtuel.

— Fred à raison, l’appuya Karen.

— Mais ces deux-là seront les enfants du meilleur professeur du monde ! protesta Katy. C’est évident qu’ils apprendront à bien se conduire.

— Katy c’est de l’étiquetage, lui rappela Terra.

— Oui, vous avez raison.

— Est-ce que c’est vrai que notre ville portera bientôt un nouveau nom ? demanda Chance avec un sourire espiègle.

— Vu ta relation privilégiée avec le principal instigateur de ce projet, je pense que tu en sais probablement plus long que moi à ce sujet, répliqua Terra.

— Je sais seulement que Galahad fait circuler une pétition pour que nous adoptions le nom de Nouvelle Camelot, mais quelles sont ses chances de réussite ?

— Comment pourrais-je le savoir ? Je viens de vous dire que je ne suis pas prophète.

— Moi, je pense que ce serait bon pour la ville, intervint Frank. Ça attirerait des touristes et ça nous enrichirait un peu.

— Comme Roswell au Nouveau Mexique, ironisa Karen.

La discussion s’enflamma sur les retombées économiques d’une telle initiative. Terra se croisa les bras et assista à l’échange avec beaucoup de satisfaction. Par la fenêtre, il vit tomber de gros flocons de neige sur la campagne environnante. Son âme était enfin en paix.

 

* *

*

 

Dans son antre, le sorcier observait la boule de verre qu’il tenait au creux de sa main. Il la secoua vivement. Son geste fit naître une tempête de neige sur la ville miniature de Little Rock qui s’y trouvait emprisonnée. Il éclata d’un rire triomphant et déposa la sphère sur une étagère de pierre noire.

— Nous nous reverrons, Arthur, annonça-t-il en s’éloignant.

 

Qui est Terra Wilder ?
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